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dsc_0007C’est une chronique « Paroles d’auteurs » exceptionnelle qui revient avec non pas un auteur, ni même deux mais bel et bien trois ! J’ai pu rencontrer pour vous le terrible trio Willocks, Jacamon et Legrand pour la promotion de l’adaptation en format BD du roman « La religion« .

Le rendez-vous a eu lieu au sein de la maison d’édition Casterman à Bruxelles. Une rencontre merveilleuse et un débat vif, drôle et piquant autour d’une œuvre majeure.

Pour rappel, le premier tome nommé « Tannhauser » est sorti ce 19 octobre.

Résumé :

Malte, mai 1565.

Les chevaliers chrétiens de l’ordre des Hospitaliers, aussi nommé la Religion, se préparent à l’invasion de l’île par Soliman le Magnifique et ses 45000 « lions de l’Islam ». À un contre cinq, le combat semble perdu d’avance et le siège qui se prépare s’annonce d’une violence inouïe. Pour parer à la faiblesse de ses troupes, le grand maître La Valette décide de convoquer Mattias Tannhauser. Ancien janissaire du sultan, devenu trafiquant d’armes et d’opium, il connaît parfaitement les deux camps. Indifférent aux intérêts de l’ordre, il ne s’engage dans le conflit que pour venir en aide à la comtesse Carla de la Penautier, signant leur aller simple pour l’enfer…

Survivrez-vous au plus grand siège de l’Histoire ?

Portraits des auteurs :

dsc_0008Luc Jacamon : Après un passage aux Arts appliqués, il fait ses premières armes dansla publicité. En octobre 1998 il lance avec Matz Le Tueur, chez Casterman. Treize tomes plus tard, il quitte le polar urbain pour les champs de batailles et la machine de guerre infernale du siège de Malte par les troupes de Soliman le Magnifique.

dsc_0001Tim Willocks : Auteur de Bad City Blues, Dog Lands, Les Rois écarlates, Tim Willocks s’est fait connaître en France avec le succès de ses deux romans La Religion et Les douze enfants de Paris, qui mettent en scène son héros Mattias Tannhauser, mercenaire, trafiquant d’armes et d’opium.

Benjamin Legrand : Après des débuts dans l’audiovisueldsc_0002, il débute son parcours dans la bande dessinée en 1984, en signant pour Tardi le scénario de Tueur de cafards. Intronisé dès lors au sein du magazine (À Suivre), il enchaîne plusieurs collaborations avec Rochette à partir de 1987 (Requiem Blanc, L’Or & l’esprit et deux volumes du Transperceneige).

***

Comment est l’envie d’adapter ce roman culte ? Vis-à-vis du lecteur quel est le risque et/ou quels sont les risques ?

Luc Jacamon : Il ne faut pas se poser de questions à ce sujet. Nous avons une oeuvre magnifique.

Benjamin Legrand : Vu les réactions des gens qui ont lu le roman et qui ont découvert la BD, il n’y a aune réaction négative. Et puis, la plus belle réaction, c’est quand même lui (Tim Willocks), parce qu’il n’a jamais eu que des versions PDF, sur écran et il ne l’avait tenu dans les mains. Et là, il avait les larmes aux yeux.

LJ : Et puis, on sait que ça peut gêner car on se fait une idée des personnages du point de vue visuel.

On le sait, on le connaît, il y a des adaptations qui ont été casse-gueule, quel votre avis ?

LJ : La question, c’est de savoir qu’est-ce qu’une bonne adaptation ? Est-ce que c’est une représentation fidèle ? Ou une prise totale de liberté ?

BL : Alors là, c’est comme pour le Transperceneige, c’est la totale liberté. On a pris le concept du train. Un train qui tourne autour de la Terre et s’il s’arrête tout le monde meurt. Ils ont acheté les droits trois tomes et ils ont fait tout autre chose.

 Et travailler à six mains, est-ce que c’est difficile ?

LJ : Moi, j’ai la chance de travailler avec un auteur comme Tim (Willocks) qui me laisse une totale liberté pour travailler. À partir de là, Benjamin (Legrand) réalise le travaille d’adaptation et lui-même me laisse rajouter ma touche, ma mise en scène

BL : Son éclairage … (rires)

En lisant la BD, est-ce qu’il n’y a pas un peu de Tim en Mattias ?

(Rires)la-religion-t1-tannhauser

LJ : On le dit assez souvent ! En fait, je n’ai pas cherché à le représenter. Comme je dis à chaque fois, car il y a une certaine logique, Tim a mis de lui dans son histoire et moi dans sa façon de dessiner, donc ça c’est forcément retranscrit visuellement. Et curieusement, il y a une sorte de ressemblance.

Avec Cyclopes, vous étiez dans l’univers SF, avec le Tueur, dans le polar urbain, avec La Religion, on touche au domaine historique, donc on peut dire que vous êtes un touche-à-tout ?

LJ : C’est de la gymnastique ! C’est une vraie volonté au départ, le Tueur surtout, car Cyclopes, c’était une plus petite parenthèse, mais le Tueur, ça m’a occupé pendant de nombreuses années et le fait que la série prenne fin, c’était l’occasion de vraiment passer à autre chose. Même s’il y a des similitudes sur certains aspects, il y a dans le récit de Tim (Willocks) beaucoup de choses très riches que je ne trouvais pas dans le Tueur et c’était donc l’occasion de faire quelque chose de radicalement différent.

On le voit avec la mise en couleurs ou avec les quelques doubles-planches

LJ : C’est un récit flamboyant ! Il fallait traduire ça par la couleur et ne pas hésiter à aller dans des couleurs assez fortes et qui restent réalistes par la situation géographique qui demande un traitement de la lumière et de la couleur bien spécifique. Il y a la chaleur, le soleil qui frappe et il y a des endroits plus confinés comme l’Oracle et tout ça apporte un contraste. Le traitement de la lumière a beaucoup d’importance.

Quels sont les avantages et les inconvénients de travailler à 6 mains ?

BL : Le plus difficile, c’est de trier, d’être obligé d’enlever des pages entières du roman avec des passages magnifiques. Il faut trancher pour que ça rentre dans le cadre de 4 tomes de 80 pages chacun. Donc cela oblige à des choix et il faut les faire le plus discrètement possible. Il y a des gens qui ont lu la BD et qui retrouvent presque tout. Ils ne s’aperçoivent pas qu’il manque des choses. Enlever des passages, c’était pour moi, un crève-cœur.

Pour ceux qui ne vous connaissent pas, j’ai l’impression que vous faites le trait d’union entre le monde littéraire et le monde de la BD ?

BL : J’ai quand même écrit onze romans ! (rires) Mais là, j’avais un avantage, c’est que j’avais traduit le roman et donc, je connaissais le livre par cœur. Ça aide ! J’ai veillé à garder le style de Tim (Willocks) et quand j’ai entendu parler tantôt de la couleur où Luc a cherché à garder le style et là, tu l’as rendu aussi. L’adjectif flamboyant correspond au style.

Il faut dire qu’on est très très haut au niveau écriture. Rien que la première page du livre et la première page de la BD, ce sont les Cavaliers écarlates et quand tu lis les premières pages, tu es balancé dans un monde qui est le sien, un monde de rêve.

Et quelle a été la sensation de découvrir pour la première fois les personnages ?

BL : Ah ben moi, ça m’a fait un peu le même effet qu’à lui (Tim Willocks). Les premiers dessins de Luc quand on a vu arriver peu à peu les visages de Tannhauser, de Carla, d’Amparo, de Ludovico et d’Orlandu et tout ça, c’est un choc, c’est un casting très réussi. Il a pris les bons acteurs, Luc.

Les Douze enfants de Paris pourraient-ils connaître le même traitement ?

BL : Ça ne dépend pas de nous. Ça dépend du succès de La Religion, Ça dépend de la maison Casterman, si elle a envie de poursuivre. Je crois qu’ils y pensent mais … Si ça tenait qu’à nous, je pense que ça serait plus facile à faire. C’est tout dans Paris, avec les monuments, avec Notre-Dame, …

Question plus personnelle, avez-vous des héros de BD préférés ?

TW : Pour moi, il y a Judge Dredd, RanXerox de Tanino Liberatore et plus récemment, il y a Sandman.

LJ : L’univers de Franquin m’a définitivement marqué. Après, il y a Loisel. Ce ne sont pas forcément des influences directes. La bonne influence, c’est celle qui est digérée. J’ose espérer ou en tout cas, on me l’a un petit peu dit que j’avais un style personnel et que je n’étais pas le clone d’un autre dessinateur. J’espère que ça va continuer mais c’est vrai qu’on ne maîtrise pas totalement ça non plus. Ce sont des univers comme ça qui m’ont donner envie de faire de la BD d’une façon générale.

BL : Moi, j’ai deux souvenirs de BD. La première bande dessinée que j’ai lue, c’était un garçon beaucoup plus âgé que moi, qui était le fils de la concierge, qui m’avait donné Le secret de l’Espadon et moi, je devais avoir 6 ans. Cela m’a traumatisé, cela m’a branché science-fiction, ça m’a branché sur le dessin, sur la BD à vitesse grand V. J’ai dévoré tout ça et puis, je lisais Tintin, je lisais Spirou, toutes les semaines. J’étais accro et puis, il y avait Pilote qui est arrivé. Mais avant ça, ma mère avait des extraits de Robinson d’avant guerre avec d’un côté les aventures de Guy l’éclair et de l’autre Mandrake.

Second souvenir, c’est Tintin, Spirou et Gasont Lagaffe. La mouette et le chat de Gaston Lagaffe. D’ailleurs, mon chat est un peu comme celui de Gaston.

Pour terminer, cette interview, parlons un peu de vos projets ?

TW : Je ne préfère pas parler des choses en route. Je préfère en parler quand c’est terminé.

BL : Pour moi, c’est pareil ! Par contre, j’ai deux autres bouquins. J’en ai un qui est sorti, il y a 15 jours. C’est Le Tribut qui est une réédition qui est chez Cornelius. C’est une BD que j’avais fait avec (Jean-Marc) Rochette avant le Transperceneige. Ça ne date pas d’hier et là, elle est complète car la deuxième partie qui devait suivre n’est jamais parue en album. Et dans quinze jours, il y a un livre d’art sur Drouillet dont j’ai écrit les textes. Sinon, je travaille avec un réalisateur belge sur un projet de film policier mais ça, je ne peux pas en parler.

LJ : Moi, j’ai un gros désavantage par rapport au scénariste. Je ne peux pas avoir d’autre projet tant qu’il y a 3 albums à préparer. (rire)

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