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Description de l’ouvrage :

Emmurée vivante, elle détient le pouvoir de la lumière face aux obscurantistes.

Dans un pays ravagé par les guerres de religions, un alchimiste est persuadé d’avoir créé la pierre philosophale. Enivré par le succès, il se laisse aller à des paroles antireligieuses. Sommé de s’expliquer sur sa découverte, il échoue, malgré l’aide de sa fille Oriane. Lui est condamné à mort pour blasphème, sa fille sera emmurée vivante au cimetière des Innocents, le plus grand cimetière de Paris. Elle sera maintenue en vie par la maigre pitance que lui fourniront les passants qui vénèrent les recluses comme des saintes. Mais la pierre de son père, si elle ne peut pas changer le plomb en or, semble dotée d’étranges pouvoirs et être prête à accomplir tous les miracles.

En quelques mots :

Il y a quelques jours, on m’a proposé de découvrir le premier tome du diptyque « Le Cimetière des Innocents » publié aux éditions Bamboo. Cette BD est l’œuvre de Philippe Charlot et de Xavier Fourquemin et avant de m’immerger pleinement dans cette nouveauté, je me suis renseigné sur ce que les auteurs ont publié. Le scénariste et le dessinateur ne sont pas à leur premier coup d’essai. Ils ont publié une série intitulée « Le train des Orphelins », en 8 volumes. En feuilletant le catalogue Bamboo et en regardant sur divers sites, je me suis rappelé que j’ai déjà croisé la route des auteurs. Des planches du huitième volume du « train des Orphelins » ont été publiées dans le journal belge « Métro ».

Du point de vue historique, qu’est-ce que le cimetière des Innocents ? En quelques mots, il s’agit d’un cimetière situé dans le quartier des Halles à Paris. Actuellement, on y retrouve la place Joachim-du-Bellay au centre de laquelle se tient la fontaine des Innocents. Le nom tire son origine de l’église des Saints-Innocents qui se trouvait dans l’angle nord-est de la place. Celle-ci était dédiée aux saints Innocents, autrement dit, les enfants de Judée massacrés par le roi Hérode.

Qu’est-ce que ça raconte ? On suit les aventures d’Oriane et de Jonas. Oriane est une jeune femme indépendante qui s’habille comme un garçon, libre-penseuse, non-catholique et fille d’un apothicaire qui se prend pour le Nicolas Flamel de son époque. Jonas est un jeune homme gauche, protestant qui est venu à Paris pour retrouver son père ou du moins ce qui reste de ce dernier. Le père de Jonas a été l’une des victimes du Massacre de la Saint-Barthélémy.

Dans un même temps, le père d’Oriane a réussi à créer la « pierre philosophale ». Le succès de sa découverte lui monte à la tête et se laisse aller à des paroles antireligieuses. Un comble dans cette période trouble de l’histoire de France. L’apprenti alchimiste devra répondre de ses actes et c’était sans compter sur le destin. La pierre philosophale ne transforme pas le plomb en or. Oriane et son père seront tous les deux condamnés. Lui, il sera pendu et elle, elle sera emmurée vivante au cimetière des Innocents. Dans sa prison en pierre, Oriane est en possession de la pierre de son père et si celle-ci ne transforme pas le plomb en or, elle a d’autres vertus à ne pas négliger.

Evidemment, les malheurs d’Oriane et de Jonas ne viennent pas tout seul, le curé de l’église des Innocents et un étrange personnage sont là pour mettre des bâtons dans les roues. D’ailleurs, ces personnages sont à la recherche d’un artéfact, mais lequel ?

Sinon à part ça ? A part ça, j’ai tout de suite été conquis par le style des auteurs. Le récit, le coup de crayon et les couleurs, c’est tout simplement de l’excellent travail.

Du point de vue du récit, on ne s’embarrasse pas de certains détails. Je pourrais citer bien des bandes dessinées qui ont le même style où on revient sur les origines de la découverte qui cause des soucis aux principaux protagonistes. Généralement, on nous présente une version abrégée des origines à travers un grimoire ou une histoire venant de temps immémoriaux, … Les auteurs n’ont pas tiré sur cette ficelle et on va tout droit vers la découverte de la pierre philosophale et les conséquences qui en découlent.

La seule faiblesse que je trouve, c’est que tous les personnages n’ont pas de nom. Le prêtre véreux et son vicaire, l’homme à la cagoule, le mercenaire protecteur de Jonas, … Bref, s’ils sont facilement identifiables, ils restent anonymes. Il ne faut pas oublier que le prêtre et l’homme à la cagoule sont complices et qu’une précieuse relique est en jeu. C’est tout de même un pan entier de l’histoire. Le mercenaire n’est pas simplement un type lambda qui profite de l’occasion mais on pourrait très bien imaginé qu’il s’est engagé à respecter une promesse.

Question dessin, nous sommes à la fois dans quelque chose de très simple et de merveilleusement complexe. Les traits exagérés des protagonistes nous rappellent les meilleures bandes dessinées de la littérature de jeunesse. L’un des points forts du dessin, c’est sa fluidité. Les mouvements comme les évènements sont fluides et tout s’enchaîne très bien. On sent que les auteurs se connaissent très bien et qu’ils n’ont pas vraiment de secret pour l’un et pour l’autre.

Dans le paragraphe précédent, je vous ai parlé de complexité. Elle se retrouve dans les détails et dans les décors. Si on s’est débarrassé de détails historiques ou ésotériques, le coup de crayon est très bien pensé et rend l’immersion immédiate. Notons, la très jolie mise en couleurs du dessinateur Hamo. Les nuances sont très agréables et même les scènes d’obscurité sont « lumineuses ».

Que retenir de tout ça ? Primo, une histoire accrocheuse qui fait fi des conventions liées à la bande dessinée ésotérique. Des questions sont en suspens comme : Oriane sortira-t-elle de sa prison ? Qui est l’homme à la capuche ? Quelle est cette mystérieuse relique ? … Bien sûr, on imagine les réponses et on peut s’amuser à établir des hypothèses sur ce qu’il va se passer, mais laissons faire Philippe Charlot et Xavier Fourquemin.

Secundo, un très beau dessin, un rien classique mais ne boudons pas notre plaisir. L’univers développé aura de quoi satisfaire un large lectorat. Les couleurs et la luminosité apportent une réelle plus-value, ce qui est plutôt rare pour ce genre de BD.

Tertio, les amateurs d’ésotérisme et d’alchimie trouveront leur compte sans se prendre la tête. Cette bande dessinée s’adresse à un public de jeunes adultes voire à des jeunes curieux en quête de mystères. Bref, on en redemande !

Biblio :

CHARLOT, Philippe. FOURQUEMIN, Xavier. Oriane et l’ordre des morts. Charnay les Mâcon : Bamboo éditions, 2018. 56 p. (Le Cimetière des Innocents ; 1). ISBN 978-2-81894-382-3