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oeil-de-la-providence-lQuatrième de couv’ :

Après un meurtre dans une loge maçonnique, les inspecteurs Spinoza et Des Cartes sont chargés de l’enquête. Les deux inspecteurs forment un duo sans pareil. Tandis que l’un, botaniste, aime observer la nature à l’œuvre, l’autre, passionné de physique, vit au milieu des chats qui ont colonisé depuis longtemps son appartement…

Avis :

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. En ce temps-là … à la télévision, la première et la deuxième chaîne française diffusaient les premières séries policières à succès. Avec ce roman, j’ai revu un jeune Yves Rénier avec les enquêtes du commissaire Moulin ou même un Jacques Debary avec Les Cinq dernières minutes. Une ambiance particulière pour ces feuilletons qui étaient diffusés le mercredi ou le week-end.

Au début du printemps 1985, nous rencontrons un trio de policiers aussi brillants que « caricaturaux ». Quand je parle de personnages caricaturaux, c’est parce que j’ai réussi à les identifier à des têtes connues. Le commissaire Marcel Broust, alias le Beau Marcel, m’a fait penser à Raymond Souplex. Pour ses subalternes, les inspecteurs Robert « Bob » Spinoza et Grégory « Greg » Des Cartes, je leurs ai prêtés les traits d’un jeune Yves Rénier et d’un Thierry Lhermitte dans Les Ripoux. Les autres protagonistes ne sont pas épargnés, on notera la présence d’un ouvrier turc franco-croate et un contre-maître alsacien de Phnom Penh.

Venons-en à l’histoire ! Divisé en 3 parties, le premier tiers du livre est le plus important. Il permet de rencontrer la majorité des protagonistes. Lorsqu’il s’apprête à être initié, l’entrepreneur Joseph Raminovitch meurt de façon soudaine. La mort n’a rien de naturelle, les inspecteurs Spinoza et Des Cartes sont envoyés sur les lieux. L’un est un véritable philosophe et amoureux de la nature (humaine) tant dis que l’autre est un astronome passionné par les chats. Cette affaire sent mauvais pour le commissaire Broust et ses hommes !

Le décès de l’entrepreneur est une version actualisée de la mort d’Hiram. Au cours du premier tiers, l’auteur exploite toutes les pistes possible. Il y la piste familiale entre la prétendue maîtresse, l’épouse distante, la fille rebelle qui a claqué la porte de la maison et le fils qui dilapide l’argent de l’entreprise. Puis, il y a la piste professionnelle et le concurrent direct, la société SOBAT mais aussi l’étrange secrétaire, Madame Yvette. Et finalement, la piste des francs-maçons … Pas encore initié et déjà mort !

La mort de Raminovitch n’est pas la seule. Deux autres décès vont venir remplir les chapitres. Un franco-libanais, Lounès Salomo et une femme d’origine juive, Rebecca Duclos. Trois morts, trois modes opératoires et de multiples alibis pour autant de suspects mais quel est le point commun des trois morts ? La loge maçonnique !

Dans la seconde partie, l’auteur exploite la thématique de l’antisémitisme et la Rafle du Vel’d’Hiv. Pour rappel, la rafle du Vélodrome d’Hiver est la plus grande arrestation de masse de Juifs que la France ait connu. Elle a eu lieu entre les 16 et 17 juillet 1942. Plus de 13.000 personnes ont été arrêtées à Paris et sa banlieue.  Presque toutes ces personnes ont été assassinées. La petite histoire rejoint la grande et on découvre le jeune Jospeh Raminovitch plongé au cours de la tourmente.

Finalement, la troisième partie, le dénouement final, là où tout se joue, là où tout s’éclaircit mais je ne peux pas trop en dire car je dois susciter l’envie de lire. Du cabinet de réflexion, en passant par les couloirs qui mènent au temple en passant par l’Allemagne nazie et à la collaboration mais aussi à une forme antisémitisme latent. Une forme de chassé-croisé entre les époques et les modes de pensée entre les hommes. Un récit entre justice et quête de liberté.

Le seul véritable défaut, c’est la datation des évènements. Pour la seconde partie, pas de problème, un évènement majeur comme la Rafle, on le situe dans le temps mais pour la trame principale, c’est au lecteur d’identifier la période. Il y a des indices à travers les chapitres et la déduction se fait facilement. Vous pouvez appeler ça de la paresse intellectuelle mais je crois que ça conforte le lecteur à se poser dans l’espace et dans le temps.

Robert de Rosa joue avec les symboles, la philosophie et des personnages originaux. Un roman d’une très bonne facture qui se différencie du polar ésotérique traditionnel.

Biblio :

DE ROSA, Robert. L’œil de la providence. Clermont-Ferrand : De Borée, 2016. 296 p. (Marge noire). ISBN 978-2-81291970-1

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