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Nombre de DieuQuatrième de couv’ :

1212, au cœur du siècle des cathédrales, Paris et la France brillent par leur art de bâtir ces nouveaux temples dédiés à Dieu et à la lumière, les grands maîtres se transmettant ce qu’ils appellent « le Nombre de Dieu ».

En Espagne comme dans toute l’Europe, chaque évêque rêve d’inscrire son nom dans l’Histoire. Henri de Rouen, jeune maître bâtisseur, est appelé à Burgos. Il va consacrer toute sa vie et ses idéaux à cette cathédrale qu’il doit ériger. Entouré des meilleurs, il fait appel à une talentueuse maître peintre, Teresa Rendol. Les femmes peuvent alors travailler à l’égal de l’homme ; elles vivent cette extraordinaire parenthèse de liberté que leur a ouvert Aliénor d’Aquitaine.

Mais rien ni personne, pas même un dessein sacré, ne peut s’affranchir de ce que l’Histoire a décidé. Les guerres intestines, les croisades, l’Inquisition, les successions de rois, de reines, d’évêques, les épidémies, les nouvelles croyances et les nouvelles peurs…

Henri et Teresa sauront-ils être plus forts ? Parviendront-ils à accomplir leur destin, à vivre cet amour qui les dépasse et à voir l’œuvre de leur vie s’élancer dans le ciel ?

Avis :

À première vue, lorsqu’on voit pour la première fois ce roman, on se dit qu’il rentre parfaitement dans le cadre du blog. Une couverture rayonnante et chaude. Un titre pompeux mettant en évidence le nom de Dieu. Encore une fois, ce dernier est mis à contribution. Et puis la présence discrète mais présente quand même, celle de l’équerre et du compas. Rien de tel pour se plonger d’office dans ce roman.

Pour commencer la chronique, parlons un peu de l’éditeur et de l’auteur. HC éditions a encore fait un joli coup en signant l’auteur espagnol José Luis Corral. Il s’agit d’une découverte aussi excitante que José Rodrigues dos Santos. José Luis Corral est une merveilleuse rencontre entre Ken Follett et Idelfonso Falcones.

En quelques mots, l’auteur est un médiéviste, professeur d’histoire à la faculté de Saragosse. Il a déjà publié chez nous, un premier roman, « El Cid » (Télémaque, 2005) et « L’héritier du Temple » (HC éditions, 2012 – Pocket 2015). Il a également été consultant pour le film « 1492, Christophe Colomb ».

Dans ce roman, plongeons dans l’Espagne du 13ème siècle et découvrons un pays en plein bouleversement politique et religieux. C’est d’ailleurs la religion qui est la cause de bien des soucis avec l’hérésie cathare mais aussi avec la construction toujours plus arrogante des des cathédrales. Chaque évêque rêve de son édifice à la gloire à de Dieu mais surtout pour monter sur des épaules de géant et asseoir un pouvoir politique dans toute l’Espagne.

Construire une cathédrale demande des capitaux … Hé oui, c’est un mal nécessaire, mais elle demande aussi des connaissances et des compétences hors du commun que seuls quelques maîtres-bâtisseurs connaissent et puis il faut de multiples artisans qui vont travailler la pierre, le bois, les métaux et …  Mais construire une cathédrale est le travail d’une vie … une vie qu’il faut céder à un édifice même si la foi n’est pas la préoccupation première des maîtres d’œuvre.

Au même moment où la cathédrale se construit à Burgos, la reconquête sur les maures fait rage du côté d’Al Andalus. Mais au-delà de tous les tumultes politiques et militaires, nous découvrons la jeune Teresa Rendol qui accompagne Arnaud son père, maître-peintre sur le chantier de la cathédrale et cathare de surcroît ! Teresa grandit au rythme de la construction de la nouvelle maison de Dieu et la gamine devenue jeune femme parfait sa technique.

Son père cachera sa vraie nature à sa fille jusqu’à sa mort et lui expliquera ce que veut dire « être cathare ». Une femme doit être l’égal de l’homme, elle ne doit pas se laisser emprisonner dans des conditions discriminatoires que les femmes subissent depuis toujours.

En parallèle à l’histoire « espagnole », nous avons la version française et l’érection de la cathédrale de Chartres avec le maître d’œuvre, Jean de Rouen et de son fils, Henri. Lorsqu’on découvre Henri, celui-ci est au début de son initiation mais il montre tous les signes d’un talent hors du commun. Les histoires se suivent et se rencontreront à un certain moment. La rencontre entre les protagonistes promet quelques échanges passionnés et musclés. Que ferait-on pour son amour-propre ? Que ferait-on pour l’amour de Dieu ? Que ferait-on pour avoir le chantier le plus important ?

En matière de confort de lecture, le roman manque d’une certaine fluidité et on sent un peu de trop le cours d’histoire. Parfois, on sent même que les conditions historiques dépassent les conditions de l’intrigue. Je comprends qu’il faut parfois donner une situation et un contexte mais il faut aussi laisser faire l’imagination du lecteur. Après tout, on sent que l’auteur s’est fait un énorme plaisir entre l’utilisation du nombre d’or et le respect de la géométrie sacrée et pour ça, on lui pardonne facilement.

Au final, José Luis Corral joue avec le nombre d’or comme avec les mots et s’impose comme un argument d’autorité. Il s’agit d’une belle découverte de l’Espagne médiévale. Je regrette presque que la couverture de son premier roman m’ait laissé de glace, étant donné que c’est l’image d’un templier à genoux tenant une épée. Image que j’avais utilisé pour illustrer « Le Temple noir« 

Biblio :

CORRAL, José Luis. Le nombre de Dieu. Paris : HC éditions, 2015. 448 p. ISBN 978-2-35720-178-1

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