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Petits meurtres chez ces gens-làQuatrième de couv’ :

17 novembre 2011. L’architecte Arnaud Vandenbroeck quitte la prison de Lantin au terme de quinze ans de réclusion, pour un inceste qu’il a toujours contesté. 18 novembre. Serge Zwanze, ex-inspecteur de police de Bruxelles, aujourd’hui en pleine déroute, se recueille devant la tombe de sa femme. Il ne s’est jamais remis de sa mort. Accidentelle? 19 novembre. L’inspecteur Lilas Klaus, jeune flic rebelle, est investie de l’enquête sur l’assassinat du juge Lannoye, celui-là même qui a envoyé Vandenbroeck en prison.

Il faudra sept jours et quatre cadavres de plus pour que les inspecteurs Klaus et Zwanze trouvent le fin mot de cette histoire belge et ténébreuse, entre imbroglio familial, crimes en série et piste maçonnique, le tout sur fond de crise entre Flamands et Wallons.

Bienvenue chez les Belges !

Avis :

Tout d’abord, un petit mot sur l’auteur. Dulle Griet est à l’origine un personnage du folklore gantois qui a inspiré le personnage de « Margot la folle » de Bruegel l’Ancien et c’est la seule information que je peux vous donner à son sujet.

« Petits Meurtres chez ces gens-là » est un petit plaisir à la belge où on se rend compte que notre plat pays ne se limite pas à Amélie Nothomb ou à Georges Simenon. La puissance littéraire de Dulle Griet est tout simplement géniale et j’espère vous le démontrer dans ma chronique. Je parle souvent de la fluidité de l’écrivain et pour moi, ce concept se résume tout simplement au fait qu’on ne lâche pas le récit même pour aller faire un tour au petit coin … ou presque.

Il faut également qu’on parle des personnages car tout passe par eux. L’intrigue est poussée, fouillée, recherchée mais tout se joue à travers les personnages. Ils sont vrais, ils ont une vraie profondeur et une psyché détaillée. Voici ce que je pense d’eux.

Depuis 5 ans, Serge Zwanze pleure la mort de Blanche, son épouse. Victime d’un accident de la route ou meurtre prémédité, Serge, ancien flic se pose des questions. Il erre dans son appartement, parle aux photos de sa femme et traîne dans le cimetière. Malgré son chagrin, Serge respecte un rituel bien précis et chaque 17 novembre, il se rend chez Stu, le tenancier du « Père Faro », un bistrot bruxellois. Enchaînant les cafés serrés et leurs pointes d’armagnac, Serge se réveille le lendemain avec une gueule de bois mémorable … Surtout quand on n’a plus bu depuis 5 ans.

Au même moment, Arnaud Vandenbroeck sort de la prison de Lantin, bien connue en Belgique. Accusé à tort d’un acte de pédophilie sur sa fille de 12 ans, il vient de payer sa dette à la société en offrant 15 ans de sa vie. À sa sortie de prison, le directeur de Lantin qui ne l’a pas apprécié durant son séjour lui remet un colis. Dedans se trouve une lettre de son avocat, un pistolet en plastique, de l’argent et les clés d’un appartement. Arrivé dans cet appartement loué à son nom, il découvre une vraie arme. Pourquoi un tel intérêt pour un ex-taulard ? Pourquoi cette arme à feu ? Pourquoi son avocat ne peut rien lui dire ?

En regagnant Bruxelles, il descend à la gare Bruxelles-Nord et sort du côté de la rue d’Aarschot, une rue chaude, bien connue pour ses maisons de passe où les jeunes femmes de toutes les origines s’exhibent dans les vitrines dans des tenues sexy pour alpaguer le chaland. Rentrant dans l’un d’entre-eux, il rencontre une prostituée et ils passent tous les deux dans une autre pièce pour quelques ébats mais Arnaud ne cherche pas la chaleur d’une femme mais un besoin de parler et surtout de la revoir … La prostituée se nomme Kristina, elle vient des pays de l’Est. Après discussion, elle accepte enfin un rendez-vous dans un bar près de chez elle.

Le 19 novembre, la jeune inspectrice Lilas Klaus déboule au « Père Faro », elle souhaite rencontrer Serge et le remettre sur les rails pour sa première grosse enquête, le meurtre du juge Lannoye. Celui-ci vient d’être assassiné et comme par le plus grand des hasards, c’est celui qui a condamné 15 ans plus tôt le malheureux Arnaud Vandenbroeck.

On découvre que l’enquête va mener Lilas vers les milieux extrémistes flamingants. Un sujet qui est encore brûlant aujourd’hui. C’est bien connu que les extrêmes n’amènent jamais rien de bon et ce n’est pas ce cher Bossemans qui dira le contraire surtout lorsqu’une somme d’argent est en jeu. Un personnage pas très reluisant …

Les cadavres s’amoncellent … Le juge, l’ex-taulard et … les pistes sont diverses et renvoient même à la « mouvance maçonnique ». Une découverte du Bruxelles maçonnique qu’on ne connaît pas ou presque. Et si tout ça était une histoire des Frères Trois Points ? D’ailleurs, je trouve qu’on faire des liens avec l’excellent roman d’Evelyne Guzy, « Le Martyr de l’Étoile« .

Dulle Griet mène le lecteur dans les bas fonds de Bruxelles et de la Belgique. Jouant sur les affaires qui ont bouleversées et qui bouleversent encore le « Plat pays », Dulle Griet peint un portrait qui n’est pas des plus flatteurs mais qui est très humain. L’affaire Dutroux, Le nationalisme flamand, l’antisémitisme, les mouvances maçonniques, la prostitution, … L’auteur dépeint des personnages plus vrais que nature ayant des forces et des faiblesses. Il évite la caricature du « brusseleir » typique que nos chers voisins aiment tant et nous fait découvrir un Bruxelles que les touristes ne connaissent pas ou du moins pas encore.

Biblio :

GRIET, Dulle. Petits meurtres chez ces gens là. Paris : Presses de la Cité, 2012. 386 p. (Les mystères de Bruxelles ; 1). ISBN 978-2-258-09272-3

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