Étiquettes

, , , , , , ,

Bocquet, Jean-PierrePour cette nouvelle chronique intitulée « Paroles d’auteur », c’est Jean-Pierre Bocquet qui se livre au jeu des questions-réponses. Auteur de Quai des cadavres, Un grand maître dunkerquois et Dunkerque sous le signe d’Othmane, tous les 3 publiés chez Ravet-Anceau, il nous donne son avis sur la littérature, la franc-maçonnerie et les bibliothèques.

1. Comment définissez-vous les liens entre la littérature et la franc-maçonnerie ?

Il y a bien sûr de nombreuses similitudes entre littérature et franc-maçonnerie qui impliquent toutes deux un matériau, des outils et une méthode, une transmutation à opérer par l’alchimie du verbe ou le travail sur soi-même.

Mais, tout comme la littérature ne saurait se réduire à un recueil de recettes, un abrégé de techniques d’expression mis en œuvre selon des codes stéréotypés, la liberté absolue de conscience exige de se libérer non seulement des préjugés, passions et certitudes des conformismes commodes et illusoires mais encore des succédanés d’une véritable émancipation.

L’œuvre littéraire dérange parce qu’elle jaillit toujours là où on l’attendait le moins, là où elle s’affirme, selon l’expression de Saint-John Perse comme « la mauvaise conscience de son temps ». La franc-maçonnerie dérange tout autant en proposant une autre pratique des rituels que celle qui aveugle. Comme l’œuvre au noir ou l’œuvre à venir, la franc-maçonnerie est un Art Royal, un tracé de lumière, un temps retrouvé. Et l’on pourrait appliquer à cet homme de la perpétuelle exhumation de la lumière qu’est le franc-maçon ce mot d’Héraclite: « On m’appelait l’obscur et j’habitais l’éclat. »

Mais surtout, et c’est là l’essentiel, tout comme elle est un pont (et un passage) entre l’auteur et le lecteur, entre le passé et l’avenir, entre des êtres et des visions du monde qui ne se seraient jamais rencontrés autrement, la littérature est un pont entre les chemins profanes et la voie initiatique. Dire c’est en même temps montrer, et le détour de la fiction sème plus efficacement les grains qui ne meurent que les semis stériles des catéchismes ou des pesants traités…

2. Quel est votre avis sur la littérature de vulgarisation sur la franc-maçonnerie ?

En franc-maçonnerie, rien ne saurait remplacer l’expérience vécue personnelle, incommunicable et sans doute invisible pour les yeux. Les ouvrages de vulgarisation n’ont donc que valeur d’information. Le reste, la construction permanente et de pair des deux temples, ne saurait en découler. Et le message subliminal que recèle souvent l’œuvre de fiction incite plus souvent à ce type de construction que le discours explicatif à l’état brut.

3. Avez-vous l’occasion de vous rendre en bibliothèque publique ? Et que pensez-vous des ouvrages mis à la disposition du lectorat ?

J’ai mis en place un club lecture dans la bibliothèque publique de ma ville de résidence. J’ai la chance d’avoir une bibliothécaire soucieuse de répondre aux attentes du lectorat de cette bibliothèque. Elle sait et sent que beaucoup de lecteurs sont en attente de livres qui les éveillent aux aspects insoupçonnés de leurs questionnements inconscients. Elle s’efforce donc de leur proposer des ouvrages certes susceptibles de les divertir mais de répondre à leur faim et à leur soif de nourritures spirituelles. Les romans de mes amis Eric et Jacques figurent dans cette catégorie.

4. Quel est votre meilleur souvenir en bibliothèque publique ?

Mon meilleur souvenir est d’avoir pu vérifier que l’esprit critique est toujours vivant et que les lecteurs ne se laissent pas leurrer par les qualités prétendus de certains produits à visée strictement commerciale. Inutile que j’entre dans les nuances, quel qu’en soit le nombre.

5. Quel livre recommanderiez-vous pour quelqu’un qui veut se documenter ?

J’avoue mes hésitations quand il s’agit de conseiller un profane qui cherche à se documenter. Tout est sans doute fonction de la personnalité du demandeur. J’ai conseillé cet été la lecture de « La Franc-maçonnerie Une quête philosophique et spirituelle de la connaissance » par Georges Lerbet, aux Editions Armand Colin à un ami. Georges Lerbet vient de nous quitter. Si mon ami demandeur a pu spirituellement s’enrichir à la lecture de l’ouvrage de Georges, c’est que comme l’Amour, la littérature et la maçonnerie sont plus fortes que la mort. Auquel cas, de n’avoir pas conseillé en vain (mais sans doute n’est-ce jamais en vain) m’aura moi-même enrichi…

Publicités