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1370. C’est la période de l’Inquisition en France, mais aussi du Grand Schisme d’Occident avec à la tête de l’Eglise catholique, deux Papes : l’un à Avignon l’autre à Rome, luttant pour imposer leur légitimité. Une autre rivalité se déroule entre deux hommes lorsque la peste surgit et décime les populations. L’un, Barnal, est le Grand Inquisiteur au service du Pape d’Avignon, persuadé que ce fléau est une punition divine. L’autre, Nicolas, est un médecin idéaliste convaincu que cette maladie peut être combattue et n’a rien de mystique. Mais cet affrontement va faire resurgir des souvenirs enfouis qui va bouleverser leur relation.

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En période estivale, les chaînes de télé nous inonde avec une ou plusieurs sagas de l’été. France Télévisions s’est lancé dans une intrigante saga moyenâgeuse nommée Inquisitio. Le contexte de cette mini-série de 8 épisodes se situe dans une période de trouble religieux face à la maladie.

On peut dire que c’est une tradition venant des grandes chaînes de nous diffuser le feuilleton de l’été pour ainsi garder les téléspectateurs devant leurs petits écrans plutôt que sur la plage. La recette de ce genre de feuilleton est toujours la même. Nous retrouvons le grand secret de famille que personne ne doit savoir mais que nous saurons à la fin, un ou plusieurs meurtres liés, bien évidemment au secret et forcément une enquête avec plusieurs rebondissements.

Loin est le temps des sagas où on parlait du grand amour ou du domaine viticole de la famille Machin, le concept a évolué et il n’est plus à la mode. Aujourd’hui les mini-séries se veulent beaucoup plus soutenues. Bien entendu, les productions veulent regrouper un casting des meilleurs acteurs du moment et France 2 a laissé sa chance à Nicolas Cuche qui a déjà réalisé pour France Télévisions diverses séries et téléfilms.

Le contexte et le thème de la série représente un sujet qui est peu traité par le cinéma français et encore moins par la télévision, ce qui donne à Inquisitio, une véritable originalité et une assez grande marge de manœuvre pour le réalisateur.

Cette fresque historique de 8 épisodes nous emmène au Moyen-âge en l’an 1370 au Royaume de France, lorsque la tête de l’Eglise Catholique est disputée par les papes d’Avignon et de Rome. L’intrigue générale n’a pas lieu au sommet de l’Eglise mais plus bas dans la hiérarchie. Le Grand Inquisiteur de France, Guillaume de Barnal est au service du pape d’Avignon et est persuadé que les crimes commis dans les environs de la région.

Dans ce Moyen-âge, nous retrouvons tous les codes de la série de l’été. Nous avons les machinations de l’Eglise qui n’est pas si catholique que ça. Une sorcière rousse incomprise qui ne veut pas faire le mal. Un Grand Inquisiteur qui est le mix parfait entre Sean Connery et F. Murray Abraham dans Le nom de la Rose, à la fois l’enquêteur de génie et un homme d’Eglise obstiné, le tout accompagné d’un mystérieux et timide novice. Nous avons une famille de médecins juifs qui par la pratique de la science, ils vont défier l’Eglise.

Religion contre science, catholiques contre juifs et autres croyances, le tout savamment distillé par des actes criminels inquiétants. Voilà les ingrédients qui composent Inquisitio et permettent de rendre la série intéressante. De plus, les auteurs et le réalisateurs jouent sur l’exploration et les cicatrices passées des héros.

Nous avons donc une bonne intrigue, un scénario plus que convenable, des acteurs qui ne demandent qu’à se faire une place au soleil mais malheureusement la série a du mal à décoller. Je lui trouve un rythme indigne pour une série de cette qualité. On retrouve le problème de toutes les séries et les téléfilms français, LE manque de rythme. Avec le même budget, Canadiens et Allemands ont produit une série qui fonctionne avec le même concept. Le Moyen-âge en toile de fond, l’Eglise et la couronne anglaise comme leitmotiv, le tout a donné Les piliers de la Terre.

On retrouve ce manque lorsqu’on confronte trop souvent les personnages principaux. Leurs réunions sont tellement nombreuses que la tension qu’on voulait donner, vient à tomber à l’eau.

En cela les rebondissements sont aussi convenus que prévisibles et n’apportent pas vraiment de dynamique au récit, y compris dans la « grande révélation » . Ajoutez à cela, malgré des effets de style, une réalisation finalement peu inspirée avec un filtre bleu-gris et des guitares électriques dans la bande-originale pour créer l’ambiance ;  tournant toujours autour des mêmes décors et certains acteurs au style un peu trop théâtral et manquant de spontanéité. A ce titre, le contraste entre le naturel d’Aurélien Wiik et la démonstration de charisme forcé de Vladislav Galard est percutant et l’on a du mal à s’immerger dedans.

C’est dommage car on sent bien une réelle volonté de Nicolas Cuche de sortir du carcan habituel des productions télévisuelles françaises. On ne fera évidemment pas l’affront de comparer Inquisitio avec le niveau de Game of Thrones en termes de reconstitution médiévale, nous savons très bien que les moyens ne sont pas les mêmes, mais il faut reconnaitre que l’aspect téléfilm  est trop marqué et qu’il manque une vision, un savoir-faire cinématographique qui nous aurait emmené complètement dans l’univers sombre, violent et poussiéreux du moyen-âge. Il n’en reste pas moins une série originale, posée et plutôt agréable à suivre qui aura au moins le mérite de proposer aux spectateurs du service public une autre proposition de fiction.

CUCHE, Nicolas. Inquisitio [DVD]. [Paris] : Francetélévisions distribution, 2012.

 

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