Étiquettes

, , , ,

C’est probablement la découverte la plus importante concernant la vie de Conan Doyle que la succursale de Noyon vient de mettre au jour. Une minutieuse enquête de plusieurs mois a permis de dévoiler une face cachée de la personnalité si charismatique de l’agent littéraire de Watson. Ayant parcouru de nombreux ouvrages retraçant la vie de Sir Arthur Conan Doyle, je constatai qu’aucun ne mentionnait l’objet de notre propos. Stupéfait, je me dis avoir lu trop vite. Une seconde lecture n’enrichissait nullement la première et laissait donc entrevoir une véritable révélation. Même le grand et incontesté Baring-Gould dans son célèbre Annotated ne semble connaître l’information majeure, objet de ces quelques lignes. Je dois dire que sans les incontestables preuves matérielles qui viennent illustrer ma découverte, j’hésiterais à la diffuser dans les colonnes du journal de notre société. Si toutefois, il se trouvait de par le monde un holmésien que cette nouvelle laissât de marbre, qu’il explique alors pourquoi ce silence, à mes yeux coupables de non assistance à lecteur enragé !

Il est grand temps de dévoiler aux adeptes du grand détective l’existence de cette chaîne morale dont les maillons s’assemblent secrètement dans un but intellectuel bien défini. Il est grand temps de mettre en exergue le point commun unissant Conan Doyle à David Crocket, à Samuel Colt, à Nat King Cole, à Cecil B. Demille, à Condorcet et à Henri Dunant.

Tout commence avec un timbre

Tout débuta par une simple histoire de timbre-poste. La Royal Mail a émis, le 12 octobre 1993, cinq timbres en souvenir du Dernier problème qui reste à jamais l’un des temps forts de la vie de Sherlock Holmes. Les cinq timbres illustrent cinq aventures : Les Propriétaires de Reigate, Le Chien des Baskerville, Les Six Napoléons, L’Interprête grec et, bien sûr, Le Dernier problème. Je me lançai aussitôt sur la piste de ces vignettes d’autant plus motivé que le numéro deux du Catalogue de la Franco-Midland révélait leur existence. Deux jours plus tard, soit le 14 octobre 1993, mon ami Michael Way, d’Hexham (Grande-Bretagne), m’adressait le premier timbre honorant Sherlock Holmes (The Reigate Squire), timbre oblitéré à la date du 15 octobre 1993. Hexham étant dans le Northumberland, je me promis de demander à mon ami quelques renseignements sur ce fameux régiment auquel Watson eut l’honneur d’appartenir, le Ve Régiment de fusiliers de Northumberland. Ne pouvant me rendre en Angleterre aussi rapidement que voulu, je chargeais un autre de mes amis, le docteur François Truong, un habitué du vol Paris-Londres, de me procurer tout élément ayant trait à Sherlock Holmes, dont ces fameux timbres. Mes espoirs allaient être comblés puisque je récupérai ces vignettes colorées. Mais une formidable découverte allait suivre ! Parmi les vignettes rapportées, deux étaient associées à une enveloppe particulière, portant des inscriptions et des illustrations précises. Celles-ci étaient les suivantes :  » Installation of the provincial Grand Master for Suffolk R. W. bro. R. J. R. Tile, at the Corn Exchange, Ipswich, Thuesday 26th Oct. 93.  » Les illustrations confirmaient la nature des mots : équerres, compas, autel, bougies… Aucun doute, il s’agissait bien de la franc-maçonnerie. Quels liens unissaient Holmes à la franc-maçonnerie ? Il convenait d’étendre les recherches. Ainsi, la Provincial Grand Loge of Suffolk avait émis cette enveloppe avec ce timbre de Sherlock Holmes. Il ne pouvait s’agir d’une coïncidence.

Mon enquête allait se diriger vers deux directions : en premier lieu, relire l’oeuvre du Maître et rechercher les passages oû la franc-maçonnerie serait mentionnée. En second lieu, tenter d’approcher directement les membres de la Grande Loge Unie d’Angleterre pour leur soutirer quelques informations. Parallèlement, il me fallait aussi analyser les origines et les buts de cette compagnie secrète afin de bien cerner l’implication d’une telle appartenance par rapport aux écrits de Conan Doyle. La lecture du Canon, à partir de l’excellent Annotated de Baring-Gould, confirma l’importance de ma découverte. Aucune annotation ne vient préciser l’adhésion de Sir Arthur à une quelconque loge maçonnique. Et pourtant, quelques éléments précis, mais bien rares, sont exploitables. A ce jour, j’en ai relevé quatre, quatre personnages liés à la franc-maçonnerie.

L’Entrepreneur de Noorwood – John H. McFarlane 

(Holmes) : – Vous m’avez annoncé votre nom comme si je devais le connaître, mais je vous certifie que, en dehors des faits évidents que vous êtes célibataire, homme de loi, franc-maçon et asthmatique, je ne sais rien de vous…
(Watson poursuit) : Il ne me fut pas difficile de remonter le fil de ses déductions… et de remarquer… que certaines breloques étaient attachées à sa chaîne de montre…
Notons les faits évidents prononcé par Holmes. Evident, oui, pour un initié ! Aucune annotation chez Baring-Gould.

La Ligue des rouquins – Jabez Wilson 

(Watson décrivant Wilson) : Il portait un pantalon à carreaux… et un carré de métal troué qui trimballait comme un pendentif…
(Holmes) : En dehors des faits évidents que Mr. Wilson a…, qu’il prise, qu’il est franc-maçon…
(Wilson) : Comment diable savez-vous tout cela, Mr. Holmes ?… Et que je suis franc-maçon ?
(Holmes) : Je ne ferai pas injure à votre intelligence en vous disant comment je l’ai vu ; d’autant plus que, en contradiction avec le réglement de votre ordre, vous portez en guise d’épingle de cravate, un arc et un compas.
Dans l’Annotated, Baring-Gould précise : « A freemason, a membre of a widespread and celebrated secret society (called more fully the Free and Accepted Masons) consisting of persons who are united for fraternal purposes. »

Le Marchand de couleurs retiré des affaires – Le détective Baker

(Holmes) : Et une épingle de cravate maçonnique ?
(Watson) : Un homme au visage grave… Il avait des lunettes… et une épingle de cravate maçonnique.

Aucune annotation chez Baring-Gould.

Une Etude en rouge – Enoch Drebber

(Description de Drebber par Gregson) : Une bague d’or avec une devise maçonnique…

Aucune annotation chez Baring-Gould.

Ainsi, la franc-maçonnerie voit son existence révélée et intégrée à l’oeuvre. Pouvait-il en être autrement d’ailleurs ? Non, bien sûr, quand on connaît l’Angleterre du XIXe siècle. La franc-maçonnerie y trouve une place de choix. Dans son aspect moderne, celle-ci est apparue en Angleterre au XVIIe siècle. En 1717, est créée la Grande loge de Londres et en 1813, la Grande loge unie d’Angleterre. Le rôle et l’importance de la franc-maçonnerie sont considérables. Aujourd’hui encore, il y a 750 000 maçons en Grande-Bretagne contre 60 000 en France ! La première loge est fondée à Edimbourg (Ecosse) en 1599 ! Edimbourg, où deux cent soixante ans plus tard naîtra Conan Doyle ! Les valeurs défendues par cette loge sont le protestantisme, l’indépendance, la solidarité et le patriotisme. La franc-maçonnerie britannique est très liée à l’Etat : elle est institutionnelle (les souverains sont de droit les chefs de la Grande loge unie). Les administrations très vite sont infiltrées ; c’est le cas de la police (60% des commissaires) et de la Justice. A ce propos, Conan Doyle (et donc Sherlock Holmes, son contemporain) a pu vivre un procès particulier.
En 1912, un homme est accusé du meurtre et du vol de sa logeuse. Le tribunal siège à Old Bailey à Londres. Avant d’écouter la sentence, l’accusé se lève et jure son innocence devant le Grand architecte de l’Univers ! Le président de la cour, un vieux maçon, est tellement perturbé par cette déclaration qu’il prononce la peine capitale  » la mort dans l’âme « .

Fort de ces premières et motivantes découvertes, je me lançai sur la piste du frère Conan Doyle et, avec l’aide indispensable et exceptionnelle du docteur Truong, je finissais par obtenir après de nombreux contacts, des documents incontestables. Le premier document, très ancien et peu lisible, est un véritable trésor. Reproduit ici pour une meilleure lisibilité, il s’agit de la fiche maçonnique de Conan Doyle.
Pour ceux qui ne pourraient comprendre ces quelques lignes originales, en voici un bref résumé. Conan Doyle fut initié le 26 janvier 1887 à la loge de Phoenix, n°257, à Portsmouth. Il était parrainé par W. D. King (qui deviendra Sir William King) et par J. Brickwood (qui deviendra Sir John Brickwood). Il démissionne en 1889, revient en 1902 et finalement démissionne de nouveau en 1911. Il a été fait Honorable Member de la Loge d’Edimbourg (Mary’s Chapel) selon la constitution écossaise. Notons aussi l’adresse de Conan Doyle en 1887 : Bush Villa, Edan Grove, Southsea.
Ainsi donc, la même année 1887, apparaît Une Etude en rouge et Conan Doyle devient franc-maçon. Faut-il y voir une correspondance ? Je laisse à mes frères quincailliers la responsabilité de cette réponse.
Le deuxième document que je détiens est, lui aussi, très précieux. Il s’agit d’une copie de la page 20 de The Masonic Illustrated d’octobre 1901. Cette page est consacrée à Brother Dr Conan Doyle. En raison de son format, il n’est pas possible de le reproduire ici.
Je peux, en revanche, vous en extraire les plus importants passages : présentation de Sir Arthur Conan Doyle ainsi que sa famille, retour sur ses études et ses longs voyages au Groenland et en Afrique, puis une liste de plusieurs de ses ouvrages (The Captain of the Polestar, The White company… et, bien sûr, les Aventures de Sherlock Holmes). La foi maçonnique de Conan Doyle est soulignée avec, notamment, le rôle qui a été le sien en Afrique du Sud. La loge St-Mary’s Chapel, n°1, Edimbourg, pour célébrer son retour, lui conféra le titre de Membre d’honneur. Dans son discours de remerciement, Conan Doyle insista sur les valeurs de la franc-maçonnerie, valeurs qui trouvèrent leur place sur le champ de bataille.
Il précisa même que les prisonniers des deux camps, quand ils étaient reconnus maçons, bénéficiaient de traitements de faveur, c’est-à-dire qu’ils étaient traités avec plus de courtoisie et de considération ! Cette page nous apprend aussi que Conan Doyle est membre du Marylebone Cricket Club, médecin, bien sûr, politicien, et que son caractère est versatile. Encore jeune, il est appelé à recevoir de nombreuses distinctions, tant par la franc-maçonnerie que par d’autres sociétés dont il est membre.
Pour clore cette enquête, il ne me restait plus qu’à contacter les responsables londoniens de la franc-maçonnerie qui, à coup sûr, devaient posséder écrits et travaux du maître dans leur bibliothèque, évidemment très fournie. L’un des deux documents cités plus haut mentionnait l’absence de traces écrites des activités maçonniques de Sir Arthur. Il fallait quand même entreprendre cette démarche. Elle fut longue et difficile. N’étant pas membre d’une loge maçonnique, il fallut emprunter un chemin assez tortueux et chaotique dont la révélation des plus précis détails n’apporterait rien de nouveau ici, si ce n’est de confirmer qu’une société secrète a pour mission première de le rester et de tout faire en ce sens. Cela n’arrangeait pas mes affaires mais, à coeur vaillant rien d’impossible ! Et un troisième document ne tarda pas à compléter ma panoplie.

Le troisième document

Ce document, tout aussi officiel que les autres mais surtout plus récent (puisqu’il est daté du 15 février 1995, vient en quelque sorte « certifier conforme » mes premières découvertes. Emanant de Library and Museum of the United Grand Loge of England, Freemasons’s Hall, Great Queen Street, London, il confirme point par point les indications fournies par la fiche maçonnique de Doyle et la page du Masonic Illustrated de 1901. Ce document est signé par J. M. Hamill, Librarium and Curator et porte le blason de la Grande Loge unie. Plus de doute possible donc. Je venais de mettre le doigt sur un aspect important et méconnu de la vie de Conan Doyle. A compter de ce jour, c’est la vision complète des buts recherchés par Sir Arthur qui prend un sens nouveau.
Sa vie, son oeuvre prennent ainsi une autre dimension, plus philosophique, plus intérieure. Cette quête contre le Crime, l’Injustice, la Société corrompue, trouve une autre explication. Un nouveau point de départ de l’analyse du Canon apparaît nécessaire. Pour cela, un travail en profondeur doit être mené. Je n’ai ici voulu que rassembler les premiers éléments de cette révélation pour les transmettre au plus vite à la direction de notre société Sherlock Holmes qui saura, sans aucun doute, les utiliser à leur juste valeur.

Sherlock Holmes était-il franc-maçon ?

La question naturelle qui s’impose à ce stade de la réflexion est celle-ci : Sherlock Holmes était-il franc-maçon ? La même interrogation peut s’appliquer au bon docteur Watson. A votre avis, Mesdames et Messieurs les Quincailliers ? Pour le moment, je savoure le résultat d’une enquête de plusieurs mois et je suis heureux d’avoir pu mettre en évidence une petite partie de la vie cachée de notre agent littéraire préféré. Ce mystère, qui n’en est plus un, était bien enfoui, depuis plus d’un siècle. Que Sir Arthur Conan Doyle me pardonne de l’avoir révélé et de m’être ainsi introduit dans sa vie spirituelle mais il fallait mettre l’accent sur sa démarche, son état d’esprit, ses convictions, à l’époque où il décidait de propulser dans un univers trouble et perturbé, celui qui allait devenir une référence mondiale d’intégrité et de droiture : Sherlock Holmes !